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Comment acquiert-on
sa véritable identité ?
U n grand nombre de personnes addictives se rend compte qu'elles ne sont pas elles-mêmes parce qu'elles n'osent pas s'affirmer sans être un peu alcoolisées. Dès qu'elles sont à jeun, elles disparaissent sous terre ou jouent un rôle pour ne pas montrer leur vrai visage qui leur semble insignifiant et vide. D'autres pensent être totalement elles-mêmes parce qu'elles n'hésitent pas à dire ce qu'elles ont à dire sans peur des conséquences relationnelles qui pourraient s'en suivre.
Mais si les effacées ne prennent pas leur place, les "sans limites" sont-elles authentiques pour autant ou simplement désabusées, persuadées qu'elles ne peuvent pas être aimées pour ce qu'elles sont? Les apparences sont trompeuses et mon expérience d'ex-boulimique, de psychologue et de thérapeute m'a montré que les personnes qui ont besoin d'une addiction pour vivre sont des personnes qui non seulement sont mal dans leur peau (ce qui pourrait peut-être s'arranger assez facilement avec du yoga, de la relaxation ou une thérapie traditionnelle) mais elles ne sont pas du tout dans leur peau.
Toujours en décalage avec elles-mêmes, avec leur vie, avec les autres, elles font semblant d'être présentes et, dans leur vie active et familiale, savent très bien faire illusion parce qu'elles se sont construit depuis l'enfance un véritable kit de survie pour coller à leur environnement d'enfant ou pour s'en différencier si celui-ci leur était pénible. Mais si elles réussissent à faire illusion dans leur environnement, leurs rouages apparaissent au grand jour dans un groupe de thérapie où tout le monde est très bien formé pour reconnaître ce qui sonne faux et ce qui est authentique.
Dans un tel groupe, on ne parle pas de nourriture, on ne parle pas du passé, on ne dit pas ses pensées: on exprime simpement ce que l'on ressent, même si ça n'a pas beaucoup d'importance.
On traque l'inauthentique
U ne réflexion faussement détachée peut cacher de l'hostilité, laquelle peut renvoyer à des schémas qui ne nous appartiennent pas vraiment. Une colère apparemment spontanée peut dissimuler une tristesse très ancienne, une peur ou une sympathie liée davantage à nos envies et à nos frustrations d'enfant qu'à la réalité d'aujourd'hui... Seules nos émotions, dans l'ici et maintenant du groupe, peuvent nous conduire à nous-même et nous surprendre en même temps. Telle personne me touche et pourtant elle dit quelque chose de totalement opposé à l'idée que je me fais de la vie. Telle personne m'irrite et je finis par reconnaître en moi ce qui m'irritait en elle. Je pensais agacer une telle et voilà qu'elle me dit que je la touche. Tout mon univers conceptuel chavire au fur et à mesure qu'émergent mes émotions.
Des groupes intensifs
L es groupes intensifs sont un cadre idéal pour ce genre de thérapie. En se confrontant aux autres, on découvre plus vite sa vraie personnalité qu'en racontant sa vie. Une trentaine de personnes viennent en thérapie un week-end par mois (ou un week-end tous les deux mois) sur dix-huit groupes.Peu importe ce dont on parle, c'est la façon dont on en parle qui va être travaillée. On parle toujours à quelqu'un.
On tient compte de la relation à l'autre pour traquer l'inauthentique, pour découvrir comment on n'est pas soi-même, pour apprendre à être soi-même. On s'efforce de dire les chose telles qu'on les sent au fond de soi, sans chercher à être intelligent ni à plaire, sans se cacher derrière ses peurs. On s'entraîne à devenir soi et les autres sont un repère qui permet de découvrir ses propres frontières.
Comme on ne peut être soi-même que face à l'autre, on utilise la relation à l'autre pour apprendre à être vraiment soi, sans chercher à plaire, mais en restant respectueux. Tomber les masques
O n ne s'imagine pas être capable de parler devant les autres et pourtant on le fait. Ceux qui restent en retrait ne perdent pas leur temps pour autant: ils s'imprègnent de l'expérience des autres pour réajuster les bases de leur identité. Les groupes durent deux jours parce qu'il faut du temps pour tomber le masque, pour lâcher prise avec sa rigidité, se surprendre au travers de ses propres réactions. La plupart des gens vit les groupes comme une aventure passionnante. On ne s'attend pas à ce que certaines personnes ressentent les mêmes choses que nous. On ne se sent plus aussi seul. Au fur et à mesure des groupes le regard sur les autres et sur soi change.
La plupart des personnes présentes sont des boulimiques anorexiques, sans doute parce que, de toutes les personnes addictives, elle sont le plus en demande de thérapie. La plupart sont des femmes, souvent intelligentes et drôles. Certaines ont quinze ans, d'autres soixante mais quand on parle un langage authentique, tout le monde a le même âge. Il peut y avoir un ou deux hommes aussi dans l'aventure, soit parce qu'ils sont boulimiques, soit parce qu'ils sont mari ou père d'une personne boulimique (non présente) et qu'ils veulent comprendre. Ils ne sont néanmoins pas là juste pour voir. Eux aussi s'impliqueront dans le groupe en tant que personne.
Une thérapie relativement brève
On fait un premier groupe pour se rendre compte si la thérapie nous convient. Un seul week-end ne suffit pas pour guérir mais il suffit parfois pour découvrir combien on se trompe sur soi. Il permet aussi de ressentir le soulagement d'être soi. Des expériences toutes simples comme s'entraîner à dire " bonjour " sans faire un sourire surfait et sans baisser les yeux peuvent donner un sentiment d'identité. A l'issue de ce premier week-end on s'engage pour les dix-sept suivants.
Peu à peu les boulimies lâchent
En cours de thérapie, on cesse d'être obsédé par la nourriture.{/xtypo_quote_left}Bien que l'on ne parle pas de boulimie, à mesure qu'au fil des groupes l'identité se constitue, les boulimies s'espacent, diminuent en quantité puis disparaissent peu à peu sans efforts de volonté. On n'est pas boulimique à vie. En cours de thérapie, on cesse d'être obsédé par la nourriture. S'il peut rester parfois des boulimies de temps en temps, on ne se sent plus boulimique au bout de quelques mois. C'est en tout cas ce que l'on peut constater à son premier week-end en écoutant parler ceux qui sont déjà en fin de thérapie.
Suivi téléphonique
Les personnalités dépendantes à un produit (la nourriture, en ce qui concerne notre propos) sont aussi dépendantes sur le plan affectif. Cela les conduit :
- à être entre deux groupes, soit dans la fuite, soit dans l'agression, soit dans une attitude de séduction inauthentique,
- à avoir des moments de panique, de violence ou de désespoir quand elles sont face à une difficulté relationnelle.
En tant que thérapeute je reste joignable par téléphone chaque fois que nécessaire. Un simple coup de fil peut recadrer une crise émotionnelle et éviter une crise relationnelle et ses conséquences. Les besoins de contacts entre deux groupes vont perdre progressivement leur nécessité à mesure que les personnes se serviront de leurs nouvelles compétences.
Suivi post-thérapeutique
Dix-huit groupes sont une base. Certaines personnes auront peut-être besoin de plus. La thérapie terminée, il peut être utile, pour entretenir les acquis, de faire pendant deux ou trois ans encore un groupe une à deux fois dans l'année, même si on n'a plus de boulimies et même si on n'est plus obsédé par la nourriture. |