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Pourquoi intensive et en groupe ?

L
es personnes boulimiques anorexiques sont tellement dans le contrôle intellectuel ou le sentiment de vacuité que les séances individuelles d’une heure, voire même les groupes de parole d’une heure et demi, ne leur donnent pas le temps de lâcher prise avec leurs diverses obsessions. Certes, le temps passant, elles comprennent de plus en plus des choses sur leur passé et leur fonctionnement, mais elles n’« avancent » pas vraiment et tournent en rond comme des prisonnières dans leur cellule sans trouver de porte de sortie, avec un sentiment de vide que seule la nourriture continue à soulager.

Dans une thérapie intensive, et grâce à l' "effet miroir" on se surprend à éprouver des choses qui vont parfois à l'encontre de ce que l'on croyait connaître de soi parce que les interactions incitent à ressentir, même quand il s'agit de l'exercice de quelqu'un d'autre.

Au bout de trente ans de pratique, plus que jamais mon choix se confirme sur une approche différente…Aujourd'hui les psychiatres reconnaissent que l’origine remonte à une vulnérabilité de la première enfance (bien que le problème n'apparaisse généralement qu'à l'adolescence). L’approche thérapeutique reste nutritionnelle, corporelle (relaxation, relooking …) enrichie d'ateliers d'art-thérapie ou d'expression verbale dans des groupes de parole d'une heure et demi par semaine.

Si ma compréhension du problème rejoint celle des médecins, mon expérience d'ex-boulimique et de psychologue m'a amenée à proposer une démarche thérapeutique différente. Les boulimiques anorexiques ont certes besoin de se détendre, de s'exprimer, de se reconnecter avec leur corps mais, selon mon observation, elles ne peuvent pas le faire correctement sans se débarrasser de leur « disque rayé » tant qu’elles n’ont pas résolu leurs problèmes identitaires. Il leur faut d’abord découvrir qui elles sont, de quoi elles ont chacune besoin, quelles sont leurs vraies valeurs (et non celles qu’elles ont adoptées en réaction à leur environnement soit pour plaire soit pour s’opposer).

L'un des premiers avantages du groupe, grâce à l'authenticité qui est de mise, aux interactions entre les gens et aux jeu-de-rôles, c'est de réussir à tomber les masques, se centrer sur soi (sans exclure l'autre pour autant) et, ce faisant, découvrir l'estime de soi, dépasser la honte.

G
râce aux interactions avec les autres, aux jeux de rôle, à l'authenticité qui est de mise, elles apprennent à se remettre en question, à prendre du recul, à parler davantage de ce qu'elles ressentent dans l'instant du groupe. L'accent n'est pas mis dans ce travail sur ce qu'elles pensent de leur vie, de leur passé, de leurs parents ou de leur corps (le travail resterait trop dans l'intellect et la «rumination») mais sur la découverte au travers de leur réactions dans le présent du groupe de qui elles sont et de comment elles peuvent réussir à exister parmi les autres sans se sacrifier ni retirer à l'autre le droit d'exister tel qu'il est.

C'est ce travail psychothérapeutique dont elles semblent avoir besoin en priorité, pour gagner de l'estime de soi, entrer dans de vraies relations à l’autre et à elles-mêmes, qui les nourrissent et, par voie de conséquences, être libérées de l’obsession alimentaire. Certaines parlent facilement, d'autres restent plus en retrait, mais toutes sont très touchées par ce travail qui part à la recherche de leurs émotions et leurs valeurs en profondeur.