Imprimer
PDF

Qui est boulimique ?

D
e la jolie jeune fille à qui tout semble sourire à la femme de cinquante ans, brillante chef d’entreprise, en passant souvent même par des célébrités qui semblent flirter avec les étoiles, jusqu’à celles qui se négligent, ne peuvent plus aller à l’école ou au travail, les personnes boulimiques peuvent être très différentes, briller ou passer inaperçues.

Mais pour toutes, c’est la même prison mentale : une obsession qui ne les lâche jamais, même quand elles sont dans le contrôle alimentaire. Elles regardent défiler leur vie sans être vraiment dedans.

Elles regardent défiler leur vie sans être vraiment dedans. Elles sont dans un enfermement, une contrainte qui les pousse à manger et à organiser toute leur vie, ainsi que parfois celle de leur proches, autour de la nourriture ou de son contrôle («look», kilos, etc.)

En réalité, la contrainte de manger n’est que la conséquence de vulnérabilités psychologiques.

Ces vulnérabilités peuvent se manifester par deux types de personnalité très différents, mais pour toutes c'est la même prison mentale : un obsession qui ne les lâche jamais, même quand elles sont dans le contrôle. Mais pour guérir de l'obsession il y a urgence de s'occuper d'abord des vulnérabilités psychologiques qui s'expriment sous deux formes très caractéristiques.

Les deux types de personnalités que je rencontre le plus souvent.

Celles qui ne parviennent pas à s’affirmer parce qu’elles ont trop peur du rejet de l’autre.
Elles sont effacées, n’osent pas s’exprimer, ont la crainte d’être abandonnées. Sur le plan émotionnel, elles sont capables d’éprouver de la colère, mais le plus souvent sans la montrer directement. Quand elles ont envie de quelque chose elles s’en privent en se disant « il (ou elle) ne comprendrait pas », « ça pourrait le blesser », « je ne veux pas lui faire du mal ». De ce fait, dans leur vie quotidienne, elles boudent beaucoup quand les choses ne tournent pas dans le sens qu’elles le souhaitent. Dans les groupes ces personnes parlent peu, restent souvent en retrait. L’objectif pour elles tout au long de la thérapie sera d’acquérir de l’estime d’elles-mêmes et de réussir à formuler avec authenticité, sans crainte et avec aisance, ce qu’elles auront besoin d’exprimer.

Celles qui semblent n’avoir peur de rien et s’expriment sans réserve.
A la différence des précédentes, celles-ci s’affirment brutalement, tout au moins en apparence. Dans les groupes, certaines font l’admiration des autres par leur courage et leur authenticité. Mais parfois, sous l’apparence de l’authenticité se cache de l’intellectualisation, de la contestation systématique, de la rancœur quand les choses ne tournent pas comme elles le souhaitent. Dans leur vie quotidienne elles sont capables de détruire en cinq minutes une relation affective (mariage, famille) qui durait depuis des années. Elles sont aussi capables de s’enflammer en une demi seconde pour quelqu’un et de s’auto-détruire quand il se détourne. A leur sujet les psychiatres ne parlent pas d’état dépressif mais de « dépressivité ». Elles basculent souvent dans l’ennui qui est pour elles une sensation insupportable, à la limite de la dislocation, de la suffocation.

On pourrait trouver étrange de constituer des groupes de thérapie avec des personnes aussi différentes. Les unes, sans haine ne savent pas s’affirmer mais ont suffisamment de douceur pour elles-mêmes et pour les autres pour ne pas s’autodétruire et ne pas avoir envie de détruire. Les autres, très dures dans leur propos, pleines de haine pour elles-mêmes et pour ceux qui ne pensent pas comme elles ou plus simplement n’ont pas le même rythme qu’elles mais qui ont le courage d’oser. Mais en réalité ces deux types de personnalité s’apportent beaucoup l’une l’autre. Celles qui prennent beaucoup la parole font réagir celles qui restent en retrait, et inversement, celles qui restent en retrait et ont une vraie douceur et sont souvent un modèle de féminité pour celles qui ne connaissent que la brutalité et la violence des sentiments.