Qui je suis
U n jour, alors que j’étais déjà jeune psychologue, j’ai vu travailler Roberto Fontaine, un thérapeute d’environ soixante-dix-ans qui m’impressionna beaucoup par sa manière de toucher les gens directement au cœur de leur intimité sans qu’une longue conversation soit nécessaire. Je le trouvai si abouti, tant du point de vue humain que professionnel, que je voulais savoir comment il en était arrivé là. Je lui ai demandé s’il accepterait que je l’interviewe. Pas contrariant, il accepta volontiers et ma première question fut : « Roberto, qui es-tu ? ».
Je ne m’attendais pas à sa réponse. Il me dit simplement « Je suis en chemin ». Aujourd’hui, après vingt-cinq ans de pratique psychothérapeutique, je comprends sa réponse. On est toujours en chemin, on apprend tous les jours, surtout quand on reste conscient de tout ce qui est encore perfectible.
N éanmoins si je me retourne sur la route déjà parcourue, je peux dire qu’aujourd’hui j’en ai déjà fait du chemin : je suis passée de la peur de vivre et de la sensation de ne pas avoir de place pour moi sur terre à la sensation d’être enfin moi, à ma place, entourée des gens que j’aime et faisant le métier que j’ai toujours voulu faire, c’est-à-dire explorer une philosophie de la vie quotidienne avec des gens qui se penchent sur les mêmes questions que je me suis posées : le sens de leur vie et surtout quoi faire pour accéder à moins de douleur, à une vraie légéreté.
J’apaisais mon mal-être avec des boulimies
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T outes les personnes qui sont obsédées par la nourriture ne ressentent pas nécessairement un énorme mal être existentiel. Certaines disent qu'elles sont heureuses, que leur SEUL problème est la boulimie... D'autres souffrent énormément.
En fait, il n'y a pas une personne boulimique-anorexique type, sauf si on prend l'obsession de la nourriture comme critère commun principal. En ce qui me concerne, à dix ans déjà, j'étais obsédée par la nourriture. A treize ans, un pédiatre me prescrivait mon premier régime, à seize ans j'étais obèse, à dix-sept je découvrais le vomissement. Pendant des années je passais mon temps à vivre pour manger, manger pour vomir, vomir pour remanger. J'avais honte de ce que je faisais, de ne pas réussir à arrêter ce comportement stupide, répétitif et autodestructeur qui me gâchait la vie. Je me sentais nulle, lâche, sans volonté, sale et folle. Jusqu'au jour où j'ai voulu comprendre pourquoi la nourriture m'obsédait autant. |
J’ai eu la chance de pouvoir faire une psychanalyse à vingt ans.
Avec la psychanalyse j'ai compris que c'était plus fort que moi: mon besoin de manger assouvissait symboliquement un besoin de ne pas lâcher le sein de ma mère et de rester petite enfant. Comprendre m'a permis de déculpabiliser mais ne m'a pas suffi pour arrêter les boulimies, ni pour avoir moins peur des gens, ni pour résoudre ce que l’on appelle aujourd’hui une « dépressivité constante ».




