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Parmi
les personnalités qui se compensent par une addiction,
les boulimiques sont les rares à être spontanément
demandeuses d'une aide thérapeutique.

Bien
que trouvant ses racines dans le tout premier âge
de la vie, la boulimie ne se manifeste souvent qu'à
l'adolescence, à la suite d'un premier "régime" amincissant. Mais elle peut aussi survenir à
n'importe quel âge, à l'occasion d'un événement
déclenchant: rupture amoureuse, divorce, perte d'un
être cher
à un moment où la personne
ne se sent pas capable de se retrouver face à elle-même.

Que
l'on se fasse vomir ou pas, que l'on ait dix crises par
jour ou une par semaine, que l'on grignote toute la journée
ou que l'on se retienne de grignoter, que l'on soit maigre,
bien proportionné ou obèse, la boulimie est
avant tout une obsession qui emprisonne totalement la personne.
On peut aussi bien faire une crise de boulimie avec trois
pommes et quatre yaourts qu'avec une montagne d'aliments
à en avoir le ventre qui éclate. Ce ne sont
pas les quantités qui définissent une crise
de boulimie, c'est la manière de manger : en cachette,
en urgence, coûte que coûte, avec honte et contre
sa volonté... ou simplement en grignotant avec culpabilité.

Mais
surtout, au-delà des aspects comportementaux, ce
sont des caractéristiques mentales qui définissent
réellement qu'une personne est boulimique : on ne
se sent pas dans son corps, on a une hypersensibilité
émotionnelle, on a l'impression de vivre en décalage
avec le monde et on a peur des autres. On n'a pas confiance
en soi en profondeur.

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Certaines
personnes vivent complètement recluses sans être
capables de travailler, avec une véritable phobie sociale.
D'autres se diraient épanouies et heureuses s'il n'y
avait pas la boulimie pour les empêcher de vivre.
Elles peuvent ne pas douter de leurs capacités intellectuelles,
mais restent persuadées qu'elles ne peuvent pas être
aimées pour elles-mêmes. Aucune envie ne les
mobilise hormis manger. Elles se sentent perdues.

Les psychanalystes
et les spécialistes de l'addiction l'ont compris, même
si l'on peut parfois en mourir la boulimie ne vise pas l'autodestruction.
Bien qu'elle puisse engendrer des problèmes physiques
importants (que l'on peut contrôler avec un bon accompagnement
médical) elle est pour le mental un réflexe de
survie. Elle sert à apaiser une angoisse très
profonde : on mange parce qu'on se sent vide, incomplet, inexistant,
et cela même quand on a réussi socialement.

La
boulimie est un trouble profond de l'identité, qui tend
à résister à l'approche psychanalytique
classique, mais qui peut se résoudre au travers d'une
thérapie de groupe intensive centrée sur le présent.
C'est dans l'interaction des contacts avec l'autre que l'on
trouve enfin des réponses à des questions simples
mais essentielles : qui je suis ? Où je veux aller ?
Comment vais-je m'y prendre pour y aller ?
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